Les médicaments ototoxiques

12 janvier 2013

La liste qui suit n’est pas exhausitive et n’engage pas la responsabilité de l’association, elle a un but purement informatif pour plus de précision, contacter votre médecin

Les médicaments ototoxiques sont des produits pharmaceutiques qui ont l’inconvénient de pouvoir léser les structures de l’oreille interne. Plus de 130 médicaments et produits chimiques ont été répertoriés comme étant potentiellement ototoxiques. La fréquence réelle de l’ototoxicité induite par ces médicaments reste cependant méconnue.

L’ototoxicité se manifeste de façon variable. Les symptômes sont ceux de toute atteinte de l’oreille interne. On observe par ordre de fréquence :

  • des acouphènes : perception de sensations sonores erronées (sifflements, bourdonnements ….)
  • une hypoacousie : il s’agit d’une surdité de perception peu ou pas réversible
  • des vertiges ou troubles de l’équilibre : sensation de rotation accompagnée de nausées voire de vomissements ou, plus souvent, simple sensation ébrieuse aggravée par l’obscurité.

Plusieurs facteurs peuvent favoriser cette ototoxicité :

  • des facteurs individuels : la préexistence d’une surdité de perception, une pathologie associée telle une insuffisance rénale, un âge élevé, une sensibilité particulière au médicament rendent plus vulnérables.
  • des facteurs liés au médicament : la posologie, le mode d’administration, la durée du traitement, l’association à d’autres médicaments ototoxiques sont importants à prendre en compte.

En pratique, deux circonstances d’otoxicité bien différentes sont rencontrées :

  • un traitement administré par voie générale, qu’il s’agisse d’un traitement par comprimés, par voie intramusculaire ou par perfusion,
  • un traitement par voie locale sous forme de gouttes auriculaires.

A – Traitement par voie générale :

Sont connus comme ototoxiques :

1– Les antibiotiques du groupe des Aminoglycosides :

Ce sont : streptomycine, gentamycine, kanamycine, amikacine, pour ne citer que les plus utilisés.
Ces antibiotiques s’administrent par voie intramusculaire ou par voie veineuse. Leur usage devrait être contrôlé par des dosages sanguins réguliers afin d’éviter d’atteindre les seuils de toxicité. Ces antibiotiques ont également l’inconvénient d’entraîner une insuffisance rénale qui va elle-même augmenter leur concentration dans la circulation sanguine et de fait leur ototoxicité.
Malgré leurs inconvénients, ils sont encore souvent utilisés car ils sont remarquablement efficaces dans certaines infections graves. Rappelons également que la Streptomycine a été et reste un antituberculeux majeur.
Les travaux récents de génétique ont mis en évidence le fait qu’il existe des bases héréditaires de vulnérabilité à cette classe particulière d’antibiotiques. Une analyse de l’ADN pourrait être effectuée pour prévoir cette vulnérabilité.

D’autres antibiotiques sont possiblement ototoxiques. On peut citer l’erythromycine quand elle est administrée par voie intraveineuse à de fortes doses.
La vancomycine a les mêmes indications que les aminosides auxquels elle est souvent associée pour traiter les infections graves, ce qui potentialise le risque d’ototoxicité.

2– Les médicaments anticancéreux (chimiothérapie) :

Ce sont les seconds grands pourvoyeurs d’atteinte ototoxique par voie générale avec les aminosides.
Là aussi, l’utilisation de doses trop fortes, par voie intraveineuse, en traitement prolongé chez une personne fragile, amaigrie, déshydratée et en insuffisance rénale va fréquemment entraîner une ototoxicité. C’est dire l’importance pour le médecin de parfaitement et régulièrement adapter la posologie à chaque patient, en fonction de sa surface corporelle, de son poids et de lutter parallèlement contre les facteurs aggravants (réhydratation, apport de compléments nutritionnels…)
Le cisplatine est le produit antinéoplasique le plus ototoxique, mais citons également :la vincristine, les moutardes azotées, la vinblastine, le carboplatine, la bleomycine …

3– Certains antipaludéens sont ototoxiques :

C’est essentiellement le cas de la quinine utilisée par voie injectable dans le traitement des accès pernicieux du paludisme.
Les antipaludéens dits de synthèse administrés à titre préventif tels l’hydroxychloroquine et la primaquine peuvent provoquer des acouphènes, mais en pratique, ils sont peu ototoxiques. Ils permettent d’éviter l’infection et par conséquent la nécessité de recourir à des thérapeutiques beaucoup plus toxiques.

4– D’autres thérapeutiques médicamenteuses sont plus rarement responsables d’ototoxicité :

  • Les salicylés et autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l’acide acétylsalicylique (aspirine), l’ibuprofène ou le naproxène entre autres. Ils ont des effets ototoxiques quand ils sont pris à des doses importantes et dans le cas d’un traitement au long cours. L’atteinte est presque toujours réversible dans les jours suivant l’arrêt du traitement. Il existe de grandes variations individuelles concernant la sensibilité des patients aux salicylés et aux AINS.
  • Certains diurétiques : les diurétiques tels que le furosémide, l’acide ethacrinique, le bumetanide ont une ototoxicité dose-dépendante, habituellement réversible à l’arrêt du traitement, affectant en priorité les patients insuffisants rénaux.

Citons pour mémoire :

• des acouphènes ont été décrits avec certains antiarythmiques : lidocaïne, propranolol, metoprolol.
• parmi les anticonvulsivants, la carbamazepine peut être responsable d’acouphènes, l’acide valproïque peut causer des pertes d’audition.
• acouphènes et surdités ont été rapportés avec des médicaments antiulcéreux (cimetidine, famotidine, omeprazole), ainsi qu’avec certains contraceptifs oraux, avec certains opiacés (morphine).
• parmi les psychotropes, les antidépresseurs tricycliques peuvent induire des acouphènes, les IMAO et la fluoxetine peuvent donner des surdités. Dans plusieurs cas, la persistance d’acouphènes après l’arrêt d’un traitement prolongé au diazepam (anxiolytique) ont été décrits.

B) La seconde situation est celle d’un traitement local par gouttes auriculaires

Les circonstances sont ici différentes : c’est la mauvaise utilisation de gouttes auriculaires contenant un produit ototoxique qui va être à l’origine de la surdité.

Si l’intégrité du tympan n’est pas respectée (perforation due à l’otite ou à une paracentèse, mise en place d’un aérateur transtympanique genre yoyo ou diabolo), les gouttes vont entrer en contact avec la muqueuse du fond de l’oreille moyenne et pouvoir très facilement diffuser vers l’oreille interne à travers la très fine membrane de la fenêtre ronde.
Rappelons que la majorité des gouttes auriculaires contiennent un ou plusieurs produits ototoxiques et notamment des aminosides.
Seules les gouttes d’OFLOCET (ofloxacine) ou d’OTOFA et la poudre d’Auricularum sont peu ou pas ototoxique et peuvent donc être utilisées sans danger en cas de perforation tympanique ou d’aérateur.

Conclusion :
Il n’y a pas de traitement curatif de l’ototoxicité. Le seul moyen d’en éviter les effets est la prévention :

  • En cas de surdité préexistante ou s’il existe des cas de surdité dans la famille, il est préférable de toujours en informer son médecin.
  • Si un nouveau médicament doit être prescrit, demander les éventuels effets secondaires ototoxiques de ce produit.
  • Pour les médicaments vendus sans ordonnance, lire attentivement la notice ou demander au pharmacien si le produit peut être ototoxique.
  • Il vaut mieux, dans tous les cas, connaître les premiers signes d’une ototoxicité (acouphènes, hypoacousie, vertiges).

Texte préparé et rédigé par le docteur Marie-Christine SUBTIL dans un but informatif.
Pour une information personnalisée veuillez consulter votre médecin.

Source : http://iddanet.unisda.org/docu/audsur/audsurD2/ototox.html