Témoignage de M.

7 mai 2011
Le tournis

« J’en ai assez d’être sourde.

Ça me donne le tournis.

Quand une conversation se « met en route », et que j’aimerais y participer, faisant partie du groupe, comme on ne fait pas attention au fait que je sois sourde et donc on ne parle pas plus fort ou/et plus lentement, eh bien, voici, en bref, ce qui se passe pour moi.

Utilisant, pour m’aider, la lecture labiale, je suis là à tourner la tête vers celui qui vient de parler pour essayer d’attraper au vol quelques bribes de phrases et essayer, grâce aux mots que j’ai réussi à entendre, de deviner de quoi on parle, puis, à tourner très vite la tête vers celui qui a commencé à répondre, mais en général, je rate sa réponse, car, comme je n’ai pas complètement saisi de quoi on parlait, donc je ne sais pas forcément à l’avance celui qui va répondre, et que le mouvement de tête et la lecture labiale prennent plus de temps que les paroles, alors, je finis par rater toutes les réponses, et à rester sans voix, ne sachant pas de quoi on parle, donc, ne pouvant prendre part à la conversation.

Si toutefois, par miracle, je suis en train de regarder la personne qui prend la parole et que son visage est dirigé vers moi, et qu’elle ne parle pas « dans sa barbe » ou trop bas ou trop vite, alors je peux enfin entendre, comprendre, deviner le sujet de la conversation.

En fait, la compréhension d’une conversation « à bâtons rompus » ou d’une discussion plus sérieuse, est souvent pour moi comme une devinette, d’autant plus lorsque l’on ne s’adresse pas directement à moi.

C’est ainsi que, contrairement à un « entendant » (comme on dit dans le jargon des sourds), mon esprit doit être constamment en éveil, mon attention constamment sollicitée.

Même si je donne parfois l’impression d’être un peu demeurée, je suis simplement sourde, je n’ai simplement pas entendu.

Un aveugle ou une personne sur un fauteuil roulant, nous dit, uniquement par sa présence, de faire attention à son handicap. La surdité est – oserais-je dire – malheureusement un handicap qui ne se voit pas.

Pour moi, cet handicap est devenu une vraie préoccupation depuis trois ans environ. Je vis avec, j’assume, c’est mon karma, comme on dit.

Voilà. J’ai voulu vous faire part de ces réflexions, je ne sais pourquoi.

Faites-en ce que vous voulez et pardonnez-moi ».

M.

Octobre 2010